La métropole sera transfrontalière ou ne sera pas !
Alors que se profile une réforme de l’organisation des territoires intégrant l’émergence de métropoles, la Lorraine doit se mobiliser pour enfin révéler un ensemble métropolitain ambitieux et susceptible d’arrimer notre région aux zones de croissance en Europe. Mais force est de constater que les grandes villes de Lorraine sont aujourd’hui absentes de la liste des 11 Métropoles identifiées par le Comité Balladur qui a été chargé de formuler des propositions pour la nécessaire simplification du mille-feuille territorial français…
C’est pourquoi, les principaux responsables politiques régionaux, notamment réunis au sein du Sillon Lorrain, - association regroupant les quatre villes et agglomérations d’Épinal, Nancy, Metz et Thionville, déjà signataire du Contrat de projets État-Région qui intègre un volet métropolitain -, ont été amenés à réagir. Depuis quelques mois maintenant, les discussions se sont accélérées, avec des propositions à géométrie variable, de métropole multipolaire, mais aussi de rapprochement entre Metz et Thionville ...
Bien entendu, nous regrettons tous que la Lorraine soit absente de ces propositions, l’Est de la France ne pouvant être simplement ignoré – rien entre Paris et Strasbourg ou entre Lille et Strasbourg… – alors que ce sont bien ces vastes ensembles urbains, clairement identifiés qui, concentrant population et haut niveau d’activités, disposeront du potentiel d’attractivité suffisant pour attirer vers eux des activités nouvelles génératrices d’emplois et auront ainsi les cartes en main pour émerger en France mais aussi en Europe.
La dynamique de métropolisation doit donc s’engager en Lorraine aussi, c’est une évidence pour tout le monde, mais celle-ci doit être envisagée en tenant compte de la réalité géographique et économique d’une partie de notre territoire, et plus particulièrement celle qui regarde vers nos voisins luxembourgeois.
Ainsi, lorsque le Maire de Metz soutient à la fois les propositions issues des réflexions menées par le Sillon Lorrain de création d’une métropole avec les villes et agglomérations qui en sont membres, tout en engageant par ailleurs un rapprochement entre Metz et Thionville, il semble utile et nécessaire de rappeler ce qu’est la réalité démographique, économique et géographique de notre région.
D’évidence, ce ne sont pas les seules villes de Metz (127 500 habitants) et Thionville (42 000 habitants), qui ensemble pourront faire jeu égal avec les grandes métropoles françaises ! Et même si en associant les territoires situés entre ces deux villes, on atteignait le seuil de 500 000 habitants, cet ensemble continuerait à ne pas pouvoir rivaliser avec Marseille, Toulouse, Nantes ou encore Rennes, qui aujourd’hui disposent d’un score de notoriété et donc d’attractivité incontestable.
Pour que Metz puisse espérer faire partie d’un ensemble métropolitain « repérable » et susceptible de compter en Europe, de quoi avons-nous besoin ? :
- Évidemment d’un dialogue rapproché, ouvert et transparent, générateur de solidarités réelles et de coopérations effectives avec l’ensemble de nos partenaires du Sillon – et les rapprochements en cours avec Nancy vont dans ce sens – sur les fonctions majeures que sont l’Enseignement supérieur et la Recherche, la Santé, le Développement économique, la Culture…, tous domaines pour lesquels les Lorrains, d’Épinal à la frontière luxembourgeoise, et non pas seulement de Metz à Thionville, sont eux-mêmes déjà dans une dynamique métropolitaine.
Ils consomment des services de santé ici ou là, font leurs études ici ou là, pratiquent des activités culturelles ici ou là, et pour ce faire, utilisent les routes, autoroutes ou les transports publics leur permettant d’aller d’ici à là et vice-versa, l’ensemble de ces pratiques ayant un impact direct sur l’organisation du territoire.
- Il est un second paramètre qui doit impérativement être pris en compte parce qu’il s’appuie sur la réalité de l’activité économique aujourd’hui, c’est celui de l’emploi frontalier, avec 42 000 Mosellans qui tous les jours franchissent la frontière pour aller travailler au Luxembourg.
Ne pas tenir compte de cette donne socio-économique, l’élément le plus important sans doute, revient à nier le poids de l’économie transfrontalière, qui conditionne pourtant notre développement commun, alors que le Luxembourg est le 3ème pôle d’emploi des Lorrains après Nancy et Metz.
Le Grand-Duché du Luxembourg a besoin de notre ressource humaine, comme nous avons besoin de ses gisements d’emploi et de sa capacité à entreprendre dans tous les domaines : de l’économie à la culture, en passant par la recherche et l’enseignement supérieur, l’innovation, et bien sûr l’environnement. Sans compter que son statut particulièrement emblématique de siège d’éminentes Institutions Européennes devrait nous inciter à nous en rapprocher davantage, afin d’arrimer notre territoire à une zone de forte attractivité, sur la trajectoire des capitales européennes depuis Bruxelles jusqu’à Strasbourg en passant par Luxembourg.
C’est par conséquent dans ce cadre transfrontalier, intégrant les territoires lorrains qui s’inscrivent au quotidien dans la dynamique de développement de notre voisin luxembourgeois que nous devons faire porter notre réflexion stratégique sur la métropole, ainsi que la Lorraine frontalière nous en montre le chemin.